MARIE
BAUR
Vit et travaille à Bordeaux
Les formes architecturales sont les sources d'inspirations principales de mes recherches plastiques.
Les pratiques de la déconstruction, de l’effacement, de la soustraction, du démontage, du démantèlement, sont utilisées comme processus de travail. J'opère par sélection d'information, en épurant les éléments jusqu'à l'abstraction. Les repères communs sont perturbés, les objets ainsi décortiqués se recomposent dans un espace mental désaffecté.
La maison revient dans plusieurs de mes travaux, comme un motif. Apparaissant dans certaines situations, prise selon un angle particulier, prélevé de son environnement, la maison devient un objet spécifique qui synthétise différentes problématiques liées à la question de l'habitat. Le rapport entre l'espace public et l'espace privé. Le lien intime, social et culturel, qui existe entre l'habitant et l'habitation. Le statut émergeant (chantier) ou déclinant (ruine) de ces constructions comme les parenthèses momentanées de sa condition.
Hypothèses de construction en pleine dissolution
Tout comme l'acide nitrique attaque les métaux, l'alchimie en œuvre dans la démarche de Marie Baur dissout, dans un vocabulaire hétérogène, des espaces construits. 1950, petite maison toulousaine, deux pièces, grandes, 4m sur 4m et 3m de haut, un couloir au milieu et un garage sur le côté. Le travail de Marie Baur peut s'envisager comme divers scénarios mais elle n'écrit pas vraiment d'histoires, plutôt quelque chose d'incomplet, pas réellement incohérent mais en quelque sorte rongé, traversé par différentes formes d'usure qui distordent, transforment et abîment le personnage principal.
Au-dessus de la porte d'entrée, il y avait un abri, que l'on appelle marquise qui était métallique garnis de verre. Des fragments tombent sous nos yeux laissant autant de vide figurant de « petites catastrophes », qu'elle a préféré nommer « dérangements »1 plutôt que cet oxymore. Les propositions de Marie Baur mûrissent lentement par de multiples projections mentales qui, en se ramifiant, prennent vie et nous apparaissent partiellement.
Un tableau au-dessus du buffet, des fleurs des natures mortes... je crois, il est signé mais le peintre est inconnu. Ce que l'on voit, c'est ce qu'il reste ou disons c'est le reste, d'une pensée et d'un matériau. La représentation d'une ruine devenue accidentellement une ruine elle-même 2. Ce que l'on voit c'est l'exercice entropique d'un effort de reconstruction, à l'image d'une vieille dame se remémorant sa maison 3. On avait fait mettre des « contrevents » à l'italienne, en projection, ce qui fait que, personne ne voyait rien chez moi, et moi je voyais tout. Marie Baur s'attache à de l'insaisissable, du fuyant, de l'inapparent mais de celui qui reste collé aux basques à l'exemple du « pacific trash vortex », cette accumulation de débris plastiques invisibles à l'œil nu que certain qualifie de « Septième continent »4. Ce que l'on ressent est une forme de poétique dont l'aspect disgracieux dresserait d'improbables contours. Je leur ai dit : vous me voyez dehors, mais vous ne voyez pas dedans.
Enfin ce que l'on pourrait retenir de l'actuelle pratique de Marie Baur, c'est la progressive disparition du motif 5 architectural au profit d'un plaisir formel qui est de plus en plus manifeste et en tous cas présent dans Périmètre 6. Périmètre est une œuvre simple et belle où Marie Baur trace, sans doute, les contours de nouvelles préoccupations, une sculpture pleine d'attente et de promesse.
Martial Déflacieux
1 Les dérangements (série), 2009 impression numérique sur papier 110 x 75 cm
2 Un no man's land quelque part, 2009 sculpture en sucre
(œuvre qui était au départ la maquette d'une ruine, c'est abîmée par la suite du fait de son stockage dans un cave humide)
3 Référence au projet La Troisième Phase 2010, volet vidéo dans lequel les souvenirs de la propriétaire de cette maison apparaissent sous forme de sous-titres. (extrait en italique dans le texte)
4 The pacific trash vortex, 2010, nappe en latex brodée sur guéridon
5 Dans ces deux acceptions, motif : la raison d'être et forme plastique
6 Périmètre, 2011, isorel, crépis, charnières 374 x 26 cm
Building Land, 2011
Installation, revêtement de sol, dimensions variables
vue d’exposition, Miroir aux Alouettes, Atelier AM ECK, Düsseldorf
Fragile Architecture, 2011
Installation, polystyrène, dimensions variables
vue d’exposition, Atelier AM ECK, Düsseldorf
Light Wall, 2011
Dessin graphite sur mur, dimensions variables
vue d’exposition miroir aux Alouettes, Atelier AM ECK, Düsseldorf
Bermudian rose, 2011
gel capillaire, machine à fumée, néon, roulettes, bois, 130 x 170 x150cm
vue de l’exposition Colonial Jelly, espace d’art contemporain, Lieu Commun, Toulouse
pièce réalisée en collaboration avec Marie Joanna Cornu
Parure, 2011
tubes PVC et placoplâtre, 130 x 170 x150cm
vue de l’exposition Colonial Jelly, espace d’art contemporain, Lieu Commun, Toulouse
Périmètre, 2010
Bois, charnières, crépi
Dimensions variables
The pacific trash vortex, 2010
broderie sur latex, 100 x 100 cm
vue de l’exposition Quand à savoir si tout sera sur papier, musée Calbet, Grisolles
Ilôts, (détail) 2010
bois et papier, 20X60 cm
vue d’exposition, musée Calbet, Grisolles
Passage, (détail) 2010
bois et crépis, 450 x 300 cm
vue de l’exposition, Interstice, Alwest création, Colomier
La Troisième Phase, 2010
installation composée de deux volets :
sculpture (chemins de câbles suspendus, câbles, ampoules 5x7 m) vidéo (sous-titres 7’00’’)
Isolation, 2010
Découpe numérique sur plaques de polystyrène extrudé 250 x 60 cm
vue d’exposition, N’à qu’1 oeil, Bordeaux
Les dérangements, 2010 Impression numérique sur papier 110 x 75cm
Le bouquet, 2010
Série de cartes postales, 10x15cm
Un no man’s land quelque part, 2009 Sculpture en sucre 30 x 26 x 42 cm
Ramonville, 2009 DVD vidéo 5’03’’
Sans titre, 2009
bois 50 x 30 x 20 cm
moulage en plâtre
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